Boléro 2 - 8 et 9 décembre, le Musée de la danse / Boris Charmatz présentent "A dancer's day", dans le cadre de l'invitation aux musées au Centre national de la danse (Paris) © Ursula Kaufmann
Master classe Atelier de Paris (Étirer le temps) Emmanuelle Huynh animera une master classe "Etirer le temps" du lundi 3 au vendredi 7 décembre- © Jean Henry

New York continue d’occuper une place particulière dans notre imaginaire, c’est probablement l’une des villes les plus présentes dans la production cinématographique.

Le projet "A taxi driver, an architect and the High Line" ne s’appuie pas directement sur cet imaginaire.
Il choisit le corps comme prisme de lecture de la ville. Le corps placé dans l’espace, le geste et son rythme révèlent en creux celui de la ville, ses architectures. La présence physique, la marche, la danse aiguisent notre regard et permettent une activité de sur-lignage discret des mouvements de la ville, de ses masses et de ses transformations.

"A taxi driver, an architect and the High Line" est une trilogie. C’est un portrait de la ville à travers trois caractères et leurs relations à l’espace et à l’architecture.
Les deux premiers personnages sont un chauffeur de taxi (Phil Moore) et un architecte (Rick Bell). Le troisième est un monument, la High Line. Nous considérons la High Line métaphoriquement comme une personne qui traverse la ville, la révèle et provoque la rencontre entre des personnes et des histoires.
Les films rassemblent à la fois des mémoires physiques, des histoires intimes et des espaces. Chaque film navigue entre fiction, documentaire, performance et poésie.
Dans ce projet, nous avons dialogué avec chacun des protagonistes, chercher à parcourir la chronologie de leur mémoire physique et de leur histoire personnelle. Des gestes, des mouvements, des trajets ont été identifiés. Ces gestes sont réengagés dans la ville. Ils peuvent être replacés dans leur contexte d’origine comme déplacés. Chaque action dialogue avec le contexte et provoque une lecture de l’espace depuis celle du corps. En contrepoint, le regard porté sur la ville s’intéresse aux activités quotidiennes, aux gestes liés au travail, au rythme de la ville.
Le projet s’engage et se confronte à la réalité des espaces et des actions.

Cette trilogie est pensée à la fois sous la forme d’une installation et d’une performance.
L’installation est plutôt destinée à des espaces d’exposition. La performance est pensée comme un événement dans l’installation ou est montrée dans un espace scénique avec le public présent sur le plateau.
Dans la performance, les films deviennent à la fois une trame narrative et une partition. Les motifs chorégraphiques et kinesthésiques des trois portraits sont une matière qui est déployée, répétée, amplifiée ou déformée tel un hors champ.

 

Emmanuelle Huynh est invitée par l'Ambassade de France à NY à rejoindre le programme "Cartes Blanches" sur les années 2013/2014/2015.
Programme créé en 2011, afin d’expérimenter une nouvelle méthode de travail avec des artistes basés en France, sur le territoire américain.

La colonne vertébrale de ce programme repose sur le constat que les artistes basés en France (et les professionnels américains) expriment de plus en plus souvent, à savoir leur frustration de devoir tourner ou exposer leur travail dans la précipitation sans jamais avoir le temps d’interagir avec le pays dans lequel ils se produisent, et  la sensation au final que l’essence même de la rencontre avec le public local, les professionnels, la société civile, ne s’est pas produite.
Cartes Blanches a donc été proposé pour répondre à cette problématique, en suggérant à un premier pool d’artistes français de domaines, esthétiques et générations variés, de faire un premier voyage de recherche sur place (pour la plupart à NY, l’un d’entre eux a choisi Seattle), et de rencontrer un maximum d’Américains, artistes ou professionnels de la culture, mais aussi des personnes de la société civile n’ayant pas de liens directs avec leurs domaines d’origine.

Suite à trois voyages de repérage, Emmanuelle Huynh a élaboré le projet "A taxi driver, an architect and the High Line", en collaboration avec Jocelyn Cottencin qui serait un portrait de la ville de New York elle même à travers ses habitants, ses espaces et les liens qu’ils entretiennent. Son regard de danseuse et/ou son corps sont impliqués dans les films et la performance qui constituent le projet.
"A taxi driver, an architect and the High Line" se construit sur les années 2014, 2015 et 2016.

 

Rick Bell, est, au moment où nous le rencontrons, directeur du American Institute of Architecture New York (AIANY). Il connaît physiquement sa ville, son histoire, chaque  bâtiment ou angle de rue ! Il participe aux décisions ou mouvements citoyens qui la transforment (réhabilitation de Ground Zero, Occupied Wall Street). Il entretient un rapport quasi amoureux avec elle. Il a longuement vécu à New York en alternant avec d’amples séjours à l’étranger comme le Maroc, la France. En dépit de ses responsabilités professionnelles ou à cause d’elles, il y marche encore beaucoup et la traverse à bicyclette. Il incarne le rapport subjectif/objectif à la ville en une équation personnelle/professionnelle exceptionnelle.
Il est désormais directeur du New York City department of Design and Construction.

Philip Moore a été chauffeur de taxi et guide dans les tours Operator. Il connaît parfaitement la ville, ses sens de circulation, ses nœuds. Natif du Queens, il a vécu toute sa vie à New York en déménageant plusieurs fois. Il connait les lieux que le touriste doit voir, parfois sans y être jamais entré lui même. Son école primaire, sa high school, la fenêtre de sa chambre d’enfant à Queenborough, l’hôpital où il distribue le courrier et l’Apollo theater à Harlem sont autant de repères concrets et signifiants. Sa façon d’arpenter la ville, de l’apprécier, est liée à sa voiture et à ce mode de déplacement. La vitesse, le véhicule qui transporte rapidement le corps dans l’espace font partie de sa façon d’appréhender la ville.

La High Line est une ancienne voie ferrée aérienne réhabilitée en promenade arborée. Elle se  situe dans le quartier Ouest de Manhattan. Elle s’étire de la 14e à la 34 e rue, entre la 10 e et la 12 e avenue. Elle est  une personne imaginaire qui grandit, grimpe dans Manhattan, se transforme et transforme la ville qu’elle traverse et met en scène. La coulée verte new yorkaise nous permet de traverser l’histoire et l’architecture magistrale de cette ville. Il est impossible de l’emprunter sans penser aux percées de l’artiste Gordon Matta Clark qui sculptait les bâtiments abandonnés à coup de perceuse ainsi qu’aux performances des années 60 de la chorégraphe américaine Trisha Brown. Mais la High Line n’est pas seulement tournée vers le passé. C’est un lieu en mutation, en transformation, un chantier traversé par les actions des travailleurs, des bâtisseurs.

Emmanuelle Huynh et Jocelyn Cottencin
Films, installation et performance
D’après une conception originale d’Emmanuelle Huynh

Production : Compagnie Mùa
Coproduction : Les Services Culturels de l’Ambassade de France à New York, Le Quartz Scène nationale de Brest, La Passerelle Centre d’Art
Remerciements : The AIA New York, the Center for Architecture in New York, the MOMA PS1, the Queens Museum, le Musée de la Danse - Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne, La Criée centre d'art contemporain de Rennes, Xavier Leroy et Ben Evans.

Les tournages des films ont eu lieu à New York en octobre 2014, en mars et juin 2015.

 

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